mercredi 12 octobre 2011

A propos de la générosité. Gare à la cohérence !

L'autre jour, j'étais avec ma petite famille à une soirée d'anniversaire et Luckas a très vite fait connaissance avec tout le monde. Discutant dans la pièce à côté, j'entendais de loin qu'il jouait à faire l'avion avec un monsieur, appelons-le Marc. Il(s) avai(en)t l'air de s'amuser beaucoup !

Je reviens vers Luckas et mon mari afin de nous préparer à rentrer et j'observe la scène suivante: Luckas demande "encore" de faire l'avion et Marc lui dit "oui mais qu'est ce que tu dois donner?". Luckas ne comprend pas, répète "encore l'avion" et l'homme lui montre sa joue et lui dit "d'abord un bisou", ce que Luckas fait et le revoilà parti dans les airs les bras écartés. Les rires fusent. Tout semble aller pour le mieux, et pourtant...

Je ne peux m'empêcher de réagir gentiment "mais c'est du chantage !". L'étonnement sur le visage de Marc qui me répond "non, je lui apprend qu'il doit donner pour recevoir". Honnêtement, mes bras m'en tombent mais je suis incapable de répondre. Je sens que c'est faux mais pas moyen de réagir et mettre des mots sur mon malaise. Je profite donc de cette chronique pour expliquer ma pensée (Marc, si tu me lis):

Tout d'abord, l'idée qu'il faut donner pour recevoir... je suis d'accord, d'accord qu'il ne faut pas attendre de recevoir pour donner, que la générosité et le partage sont la base de l'abondance. Comme dit très bien Louise Hay: "la vie est simple, tout ce que donnez vous le recevez en retour". Avec la nuance que ce n'est pas la personne à qui vous donnez qui va vous rendre, ce qui s'appellerait un investissement, mais que l'énergie du don revient d'une manière ou d'une autre, si on est prêt à recevoir. Et donc d'emblée, on a envie de dire à Marc, oui tu as raison… et c'est là le côté parfois "pervers" de nos comportements vis-à-vis des enfants. Partant d'une bonne intention, on ne se rend pas compte qu'on ne respecte pas les besoins des enfants.

En effet, je m'insurge contre la croyance qui est de croire que Luckas (un enfant) va apprendre ce principe juste parce qu'on le lui dit et qu'on le force à donner.. oui, je dis bien, on le force, car ce n'est pas lui qui a décidé de donner un bisou spontanément, c'est une condition pour recevoir de l'attention et du temps afin qu'on joue avec lui. Qu'en déduit-il? à mon avis, quelque chose comme "si je veux avoir ce que je veux je dois me conformer aux attentes de l'autre". Son besoin d'Amour ne peur être satisfait puisqu'il est conditionné à un comportement qu'on attend de lui.

Je vais même encore plus loin… Marc prouve par son attitude exactement le contraire de sa pensée selon laquelle il faut donner pour recevoir. En effet, ce que lui fait c'est "je te donne si je reçois", bref, il ne donne pas pour recevoir, il faut qu'il reçoive d'abord pour donner ensuite. Pour résumer: "Si je ne reçois pas de bisou, je ne joue pas avec toi". A votre avis, vous croyez que les enfants ne voient pas notre incohérence ?

Il me parait clair que vouloir apprendre à l'enfant qu'il faut donner pour recevoir ne peut se faire que s'il voit l'adulte appliquer lui-même ce principe, et être généreux, sans calcul, sans chantage, sans manipulation.

Je ne sais pas si Marc est un homme généreux ou non, en tout cas, je crois qu'il aime beaucoup les enfants mais il est passé, à mon avis, à côté de son intention. Pour Luckas, ce n'était qu'une soirée car il n'a pas l'habitude de ce genre d'attentes vis-à-vis de lui à la maison, mais je peux imaginer qu'un enfant qui entend ça au quotidien finit par attendre que l'adulte lui dise ce qu'il doit faire pour se sentir aimé, apprécié, digne d'attention. C'est ainsi le besoin de liberté qui est mis à mal, la liberté d'être qui on est.

Les enfants nous voient agir et c'est au travers de nos comportements qu'ils apprennent comment fonctionner, comment être généreux ou non, comment être avec eux-même, avec les autres, etc.

La meilleure manière pour qu'un enfant apprenne à devenir un adulte généreux c'est de devenir nous-mêmes des adultes cohérents, généreux, heureux… bref, épanouis.


Laurence Legrand
Aligneuse et animatrice en Éducation Syntropique
www.blanchecolombe.be

12 commentaires:

  1. Je suis d'accord avec toi sur la fin : l'esprit absorbant de l'enfant est un fait et ils apprennent en nous voyant faire. Par contre, je ne pense pas qu'il faut donner pour recevoir.En règle général,en effet, si on ne s'ouvre pas à tout aux autres ou si on n'est pas généreux, il y a très peu de chance que quelqu'un le soit avec nous mais la personne qui me propose quelque chose pour me demander autre chose me dérange aussi. Pour moi, l'intention désintéressée est la meilleure et la vie me prouve que ca revient souvent mais il ne faut pas non plus que ce soit un dü et comme tu dis ce ne sont pas les mêmes personnes a qui je donne qui vont me donner. Je m'explique. Une connaissance a son fils dans mon école, je lui ai donc proposé de lui ramener. Elle a dit oui car elle cherchait qqun pr lui ramener puis 1 semaine après m'a dit qu'il faudrait qu'on trouve un "dédommagement" puis hier elle m'a demandé ce que j'attendais. Je lui ai donc répondu que j'étais contente de lui rendre ce service et que si j'avais voulu qqch en retour, on aurait fixé ca dès le début. Je n'ai pas besoin de recevoir qqch qd je donne à qqun. L'intention est primordiale et les enfants le sentent comme nous :-) Le bisou est en plus de très personnel et cela me gene que l'on demande à un enfant de faire un bisous pour dire bonjour a qqun qu'il ne connait pas ou pour obtenir qqch. C'est marrant, il y a qq jours, j'ai dit a peu près la meme chose a mes garcons : je me lève que si j'ai mon bisous du matin. J'ai dit ca avec un gros sourir pour leur montrer que je rigolais. Ils ont bien compris que c'était une blague, le petit m'a souri et tiré du lit doucement, le grand est venu me poser quelques bisous sur la joue... Il est bien plus agréable de recevoir un bisous donné par amour que par devoir :-)

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  2. La condition humaine... Encore un article interessant!

    Sand.

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  3. Un bel article de bon sens...Merci!

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  4. Oui! Oui! et Oui! "être généreux sans calcul"
    Merci pour ce billet si bien écrit. Il me semble que je me tappe la tête tous les jours avec ce genres de comportement... pourquoi frustrer une générosité innée chez l'enfant? L'amener à des comportements réfléchis, calculés alors que de lui-même il est doux et généreux? Merci encore.

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  5. Donner sans retour ça me parait tellement beau.
    j'ai aussi du mal avec les personnes qui donnent et vont le crier sur tous les toits jusqu'à parfois vous le reprocher...

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  6. Bonjour,
    Oui je suis tout à fait daccord avec ce point de vue. Mais le monde est composé d'individus tout à fait différent qui n'0nt peut être pas été aussi loin que vous dans la réflexion. Ou qui pense autrement.
    Moi de mon côter j'essaie de ne pas intervenir avec mes idées lorsque mes enfants sont en interaction avec d'autres en leur exigent ( aux adultes)de fonctionner de la même façon que moi. Marc n'avait sûrement pas en tête la notion de chantage lorsqu'il jouait avec votre fils. Et le fait d'intervenir peut transformer la relation. Voilà encore une fois ce n'est que mon point de vue!
    Maria

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  7. Bonsoir,
    Je viens de découvrir votre blog et je vais continuer à le parcourir! Mais une fois n'est pas coutume je me permets de déposer un petit commentaire.
    Marc fait passer un tout autre message que celui auquel il pense: il enseigne à l'enfant que pour recevoir il faut avant donner, bref, devenir servile. Le second message passé est que l'adulte ne donne uniquement s'il a obtenu quelque chose. Si l'enfant grandit dans ce genre d'échanges, une fois adulte, sa générosité risque d'être faussée...
    Sandrine

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  8. Merci pour cette belle reflexion. Vous avez raison: "La meilleure manière pour qu'un enfant apprenne à devenir un adulte généreux c'est de devenir nous-mêmes des adultes cohérents, généreux, heureux… bref, épanouis". Il ne faut pas l'oublier!

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  9. Surtout que dans ce cas là, ce n'est pas donner...c'est payer !

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  10. Je decouvre aussi ce blog, j'ai pour raisons personnelles beaucoup lu sur la pedophilie et les manipulations effectuees par ces personnes sur les enfants ("tu auras ca, si tu me laisses faire ca"), depuis je mets un point d'honneur à ne jamais utiliser ce genre d'arguments, quelque soit la situation (range ta chambre sinon pas de zoo, etc,....), et surtout ne jamais forcer l'enfant à faire des bisous ou calins, tant pis pour la grand-mère. Je ne veux pas habituer mon enfant à ce type de comportement/a provoquer la vénalité enfouie en chacun d'entre nous.
    Utiliser le terme de pedophilie peut vous sembler choquant dans ce contexte, mais c'est le meme mécanisme.

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  11. C'est un point interessant Anonyme! Merci de faire un elargissement et // sur ce sujet douloureux. Merci egalement de nous laisser un prenom la prochaine fois ;-)

    Sandrine

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  12. c'est ce que j'ai vécue tout au long de ma vie d'enfant et que j'ai tant de mal à lâcher... et à ne pas reproduire... pour le peu que j'en ai conscience.
    le gouffre est parfois infranchissable entre l'idéal (être ce que j'aimerais apprendre à mes enfants : à l'écoute, aimer sans conditions, avoir conscience de mes besoins et les nourrir...) et la réalité (se retrouver d'un coup à hurler, avoir une envie extèmement rigide qu'ils dorment pour la sieste un point c tout)
    bref une ego bléssé est un ego très fort....
    et en même temps...
    je vois que je peux le dépasser!
    merci

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