Cet article est issu de tres nombreuses conversations personnelles. Ces conversations privees sont rarement echappees ou fortuites mais tres etrangement pourtant, demeurent souvent a l'etat de simples conversations. Nous avons chacun, toutes et tous, nos reflexions, poussees, intelligentes meme si parfois divergentes et heureusement, mais elles n'interragissent pas forcement toujours, paradoxalement, avec notre vie de tous les jours. On a souvent l'illusion qu'il faudrait surmonter un tas de choses trop difficiles pour pouvoir se mettre a execution en toute liberte. Pourtant, ce n'est pas le cas. Du moins je ne le pense pas. Ce n'est bien souvent qu'une question de point de vue et pour changer de point de vue, un petit pas vers la droite ou vers la gauche, degage une vision tres differente et bien souvent suffisante.
Je me souviens de mes propres propos que j'avais sur le moment trouve pleins de bon sens - je travaillais l'ete comme serveuse dans un restaurant d'altitude dans mes montagnes natales pour financer mes etudes - a un petit groupe de touristes de la ville qui me demandait un autre chemin pour redescendre car ils ne voulaient pas voir la meme chose qu'a la montee. Je leur ai repondu :"Il y a effectivement un autre chemin, mais je vous suggere pourtant de reprendre le meme car vous n'allez absolument pas voir la meme chose qu'a la montee et ce que vous allez voir sera tout aussi magnifique que la boucle tracee sur le plan". J'avais l'habitude de prendre ce chemin tous les jours. Chaque jour etait tellement different. Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu deux fois la meme chose lors de ces ballades quotidiennes, pas une seule fois je n'ai marche dans les meme ornieres.
Il ne suffit que de prendre l'initiative de faire ce pas, c'est ce que l'on appelle le choix du libre arbitre. Et rien ne nous empeche alors d'essayer plusieurs chemins, de revenir sur nos pas, ou encore de revenir le lendemain pour essayer un autre itineraire. Ce n'est pas plus complique qu'une simple promenade en montagne. Il faut simplement croire en soi, en la vie, en sa magie et ses surprises, mais aussi prendre le temps de faire les choses avec sens, ne pas ecouter les autres ou lire trop les plans (meme si parfois c'est essentiel). La se trouve toute la question et meme la solution je crois a ce devenir de l'Homme et de Demain.
Je sais que je prend des risques a dire ces choses de maniere aussi franche et sincere car je ne suis pas certaine que je vais reussir a le faire correctement. Pourtant je vais simplement dire tanpis ici et continuer a ecrire. Ma decision d'aborder ce sujet n'a d'ailleurs rien de pessimiste, bien au contraire, elle est issue d'un tres profond optimisme en la vie. Je sais qu'elle sera taxee d'idealiste par un certain nombre d'entre nous qui se contentent du present tel qu'il est. Pourtant je reste convaincue que la personne morale, juste et bonne, est celle qui conserve ses ideaux dans sa ligne directive de vie meme si elle a la conscience de ne jamais pouvoir les atteindre. N'oublions pas que nos ideaux ne sont que le reflet, la representation philosophique sublimee a son essence de notre facon d'apprehender le bien et le mal. Nos ideaux doivent donc regir notre vie par le biais de nos propres regles d'ethiques. Perdre nos ideaux de vue peut alors tres vite devenir synonyme d'un pietinement de notre ethique.
Lorsque ces "conversations" sont rendues publiques a grande echelle, elles le sont souvent par le biais de metaphores, a travers l'art, la litterature, la musique, ect. Comme si l'insoutenable, l'indigne n'etait dicible dans son plus simple appareil. Ceux qui essayent de dire les choses telles qu'elles sont, sont souvent tres mal percus ou mal interpretes, car on ne veut pas entendre la verite qui remet "tout" en question car elle nous empecherait, si cette verite etait realisee par tous, de continuer ainsi, ce qui est d'ailleurs d'un point de vue global, de foncer tout droit dans un mur et de commettre des crimes.
Il y a ce tabou dans notre societe qui subsiste, sur ce que sera notre futur previsible, sur ce que sera notre Demain. On parle par exemple avec beaucoup de sympathie, de respect et d'amiration de personnalites comme George Orwell, de son chef d'oeuvre visionnaire 1984, on le dit clairvoyant, edifiant, anticipateur... Mais pourtant lorsque l'on observe notre societe, et surtout nous-meme, notre vie de chaque instant, un voile consensuel est bien present, omnipresent. On sait, mais on agit comme si nous n'en avions pas conscience. On continue, malgre quelques petites echappees ci et la, a avancer dans le sens du grand courant.
Oui, c'est vraiment de l'ordre du tabou je crois. Il est issu de la peur : la peur de regarder la verite en face, la peur de ce Demain, ou tout est incertain, la peur de se poser des questions, la peur de ne pas vouloir affronter ce futur proche qui nous attend et qui attend nos enfants, la peur d'etre juge par les autres egalement. Ce Demain qui etait de la science fiction dans la litterature anticipative du siecle dernier est pourtant notre monde d'aujourd'hui. Cette peur de le realiser nous laisse les bras ballants et surtout fait que l'on se laisse porter par le flot des evenements, de la vie, de nos gouvernements, de nos ecoles. Ces ecoles que l'ont dit bien trop souvent n'etre pas si mauvaises, car nous n'avons d'autres choix semble-t-il, car cela nous couterait bien trop cher de faire autrement, financierement comme emotionnellement. On prefere alors le consensus acceptable au nom de "l'ecole pour tous". On prefere meme tolerer d'une oreille, les discours qui pointent l'autre du doigt car ils ne remettent pas notre vie personnelle - pour le moment encore paisible et supportable - en question.
Pourtant. Pourtant il s'agit de notre bonheur, du bonheur de nos enfants, il s'agit de notre et de leur futur, de notre et de leur securite, de notre et de leur facilite a pouvoir se nourrir, evoluer, vivre. Que souhaitons-nous pour nous, pour eux, nous individus, nous meres et peres ? Oui, le monde court a sa perte, notre civilisation telle que nous la delimitons est effectivement sur la pente descendante et son declin, il y a des gaps que nous nous savons avec certitude ne pas etre capable de franchir dans les decennies qui vont venir, le futur de nos enfants est en effet tres incertain, de plus en plus incertain, la violence autour de nous se resserre comme un etau. Et nous, que faisons-nous ? Nous laissons faire en fermant les yeux, en laissant des discours xenophobes nous envahir, la peur nous gagner : ils nous tiennent au nom de l'integrisme, du fondamentalisme, de la crise economique et societale, ou encore du salut de la democratie, ils legitimisent des actes de violence odieux et nous les legitimons en ne bronchant pas. C'est la terreur aujourd'hui qui nous paralyse.
Il nous faut sortir de cette torpeur et faire ce pas ! Sinon nos enfants vont vivre 1984 Demain et nous n'en serons que les seuls coupables.
Tres honnetement, plus je reflechis a tout cela, moins je comprend le sens et la fonction de cette ecole publique, son but, ni meme sa legitimite. Oui, je crois qu'il est important que l'education soit accessible a tous les enfants, je crois en cette egalite des chances, en cette liberte universelle, en cette justice humaine, mais non je pense que cette education etatique et ainsi definie et mise en application n'est pas, et de tres loin, la solution. Je crois meme de plus en plus qu'elle est la raison de cette mauvaise direction que nous prenons et qu'elle est le drame de nos societes occidentales. Elle est la base, le socle de nos erreurs. Lorsque Maria Montessori, la philosophe, disait que nous devons eduquer nos enfants pour la societe de Demain et que les enfants d'aujourd'hui seront les hommes de Demain, elle exposait implicitement que les hommes d'aujourd'hui furent les enfants d'hier et qu'ils ont ete eduques dans la logique de construire le monde d'aujourd'hui...
Remettre en question cette ecole, ce pilier qui ne tient pourtant plus debout, c'est egalement se poser la question de l'independance, de l'autonomie, du libre arbitre. Il faut imperativement garder en tete que le pouvoir de la fee lumiere, les ressources de l'energie, comme toutes les autres ressources sont pour le moment epuisables, internet, l'eau courante et potable, tout peut s'eteindre en un claquement de doigt, en une tempete, en une restriction, en une guerre. Notre futur ne peut pas etre envisage sans cette conscience fondamentale ! Nos enfants doivent apprendre a se debrouiller par eux-meme, a se nourrir, a cultiver la terre, a etre solidaires, a se respecter. Et ce encore bien plus que de savoir. Le savoir sera toujours accessible par la recherche, la reflexion, les livres, l'echange... L'ecole doit etre en priorite un outil d'education et d'apprentissage de la vie en societe et doit considerer tous les individus dans le respect et l'humanite. Le cas echeant, les parents, l'un des deux parents peut et meme se doit de remplir ce role fondamental, c'est la responsabilite parentale. Les parents peuvent bien entendu s'associer pour remplir ce role et ainsi extirper leurs enfants de ces systemes avilissants et indignes.
J'entend beaucoup autour de moi dire qu'il ne faut pas exagerer, que nous devrions regarder ce que nous sommes devenus grace a cette education, que nous ne sommes pas si pires et que nous n'avons pas a nous plaindre. C'est un point de vue extremement non-objectif ! Pour ma part, je n'ai pas l'envie ni meme le moindre desir d'avoir cette vanite a dire les choses ainsi. Je pense que je suis un loup, le loup d'un autre loup certainement, mais je n'en suis pas moins un loup dans cette societe bien reelle. Ce constat fait de moi un etre immoral. D'un point de vue moral, je n'ai donc absolument pas le droit de legitimer mes actes, ni meme mon education. Pourtant je le fais tous les jours, pour avoir l'illusion d'exister autrement qu'a la maniere d'un animal. A mon sens l'homme est toujours un animal. C'est un Homme en devenir et j'ai l'espoir immense qu'il y parvienne avec succes. C'est pour cette raison que je me refuse aujourd'hui a juger les autres en tant qu'individus mais que je me remet en question, moi-meme et que je partage ces remises en question avec les autres. En revanche je pense qu'il est necessaire et meme imperatif de juger des systemes qui composent notre societe.
Les diplomes et la competition n'auront non seulement plus le moindre sens dans ce Demain, ils ne devraient meme pas en avoir deja aujourd'hui, mais surtout ils ne seront d'aucune utilite dans un monde qui risque de changer radicalement, car la question du citoyen moyen ne sera plus de savoir quelle destination il pourra choisir en fonction de son budget pour ses prochaines vacances, mais plutot de comment il va pouvoir se payer sa nourriture dont le prix ne cesse de grimper. Cette autonomie de survie ne sera possible ou du moins en sera plus aisee, que si l'enfant, l'individu, a confiance en lui et que s'il dispose d'un minimum de savoir-faire allant dans ce sens. Pour cela il faut le sortir d'un systeme autoritaire, il faut le sortir des barreaux derriere lesquels on l'a mis et le laisser experimenter, il faut lui montrer que plusieurs chemins sont possibles et qu'il a le choix, le pouvoir de choisir, lui et lui seul. Et cela, c'est sans compter tous les laisses pour contre que nous allons oublier au bord du chemin, ces peuples entiers qui vont disparaitre, qui disparaissent deja, ravages par notre monstruosite a ne pas voir.
Cela ne tient qu'a nous pourtant. Nous avons tous le choix de ne pas etre des etres despotiques, mais bel et bien des educateurs pour ce monde de Demain. Un enfant ne doit pas apprendre a obeir, mais a avoir conscience du bien et du mal. Le bien et le mal, sont des notions philosophiques qui n'ont rien a voir avec l'absolu des lois de nos gouvernements, ni des regles enseignees dans nos ecoles et encore moins avec l'obeissance.
"Vous ne possédez rien, en dehors des quelques centimètres cubes de votre crâne."
"Les conséquences d'un acte sont incluses dans l'acte lui-même."
"Les meilleurs livres sont ceux qui racontent ce que l'on sait déjà."
"Le crime de penser n'entraîne pas la mort."
"Les masses ne se révoltent jamais de leur propre mouvement, et elles ne se révoltent jamais par le seul fait qu'elles soient opprimés. Aussi longtemps qu'elles n'ont pas d'élément de comparaison, elles ne se rendent jamais compte qu'elles sont opprimés."
George Orwell, 1984.