Chaque semaine, on entend parler dans les médias des problèmes de violence, de discipline, de non respect des règles des élèves à l'école.Ce qui me semble assez effrayant, c'est qu'en premier lieu on pense avant tout à la sanction, l'unique remède avancé comme solution à des problèmes de mal être profond chez des enfants ou des adolescents.
Mais que propose cette école pour permettre aux enfants de comprendre le rôle du cadre et la nécessité de respecter des règles établies? Quelle responsabilité donne-t-on aux enfants dans la construction de leur vie sociale? Pourquoi ne leur permet-on pas de participer au même titre que les autres individus de l'école à l'élaboration de ces règlements, à davantage de moments d'échanges et de concertation ?
L'école telle qu'elle est vécue aujourd'hui par de nombreux élèves est source de violence. Envisager une école qui appuierait l'organisation des classes sur la liberté et la responsabilisation des enfants, telle que l'envisageait le pédagogue Célestin Freinet est possible.
Freinet écrivait, dans un de ses invariants (22) : "L'ordre et la discipline sont nécessaires en classe. On croit souvent que les techniques Freinet s'accommodent volontiers d'un manque anarchique d'organisation, et que l'expression libre est synonyme de laisser-aller. La réalité est exactement contraire : une classe complexe, qui doit pratiquer simultanément les techniques diverses, et où on essaye d'éviter la brutale autorité, a besoin de beaucoup plus d'ordre et de discipline qu'une classe traditionnelle, où manuels et leçons sont l'essentiel outillage."
A l'école primaire, les derniers programmes ont supprimé des emplois du temps les "débats collectifs ", tels qu'ils étaient préconisés dans les programmes officiels de 2002. Cette idée ancienne, chère à son créateur Célestin Freinet, préconisait l'organisation d'un débat une fois par semaine, durant lequel les enfants devaient organiser et réguler l'organisation de la vie collective de leur classe. Beaucoup d'écoles, avant 2002, organisaient des réunions dans leur classe, avec l'enseignant qui dirigeait le débat.
L'intérêt de ce qui était préconisé en 2002, c'était de demander aux élèves de gérer leur propre réunion, avec un président de séance, un ordre du jour établit par les élèves, un secrétaire rédigeant un compte rendu. L'enseignant devait ainsi se décentrer, et accepter de se mettre en retrait, pour permettre aux enfants d'exercer leur responsabilité d'être social, de citoyen, en participant de manière active aux décisions collectives, en donnant leur avis, en défendant leur point de vue, en proposant des projets collectifs réels et gérés par eux-mêmes.
Depuis 9 ans que je travaille avec des enfants de 9 à 10 ans, ces réunions ont toujours été des moments forts et fondateurs de la vie collective; la seule discipline qui, à mes yeux, ait du sens et fonctionne, est une discipline de groupe et coopérative. Elle permet à chacun de participer à l'élaboration d'un règlement, de le faire vivre, et d'avoir la possibilité de s'exprimer. Si on joue le jeu en tant qu'adulte qui permet "un partage du pouvoir" avec d'autres individus, cela peut être vite devenir très perturbant pour un enseignant non préparé à ce genre de fonctionnement ou à l'écoute.
Quand vient le moment de notre réunion, je m'installe dans la classe, à la place de l'élève qui anime le débat. L'ordre du jour, qui est élaboré à l'avance par l'ensemble des enfants, est réparti en trois catégories : félicitations, problèmes ou critiques, sujets à discuter et projets. Il m'arrive, au même titre que les autres enfants, d'être critiquée par mes élèves. Ce que je trouve formidable, c'est que ces moments sont garants de l'ambiance de la classe : un enfant, qui à juste titre et de manière objective, peut sans crainte critiquer de la même manière un élève ou l'adulte enseignant, a compris qu'il pouvait user de droits essentiels, lui permettant d'être entendu et de faire avancer la vie du groupe dans lequel il évolue.
C'est aussi très intéressant de remarquer que cet espace libre de parole, dans un cadre défini et présent, permet à tous les enfants qui le souhaitent, même les plus timides, d'exposer des choses essentielles pour eux. J'ai l'intime conviction qu'un enfant qui ne serait pas titulaire de cette liberté fondamentale, celle de s'exprimer et d'être écouté, peut dévier vers la violence.
Pour approfondir ce point de vue, un lien vers le texte de Jean Le Gal (enseignant ayant beaucoup pratiqué et écrit sur la pédagogie Freinet), "Droits de l'enfant et discipline".