Comme je l'ai deja exprime a plusieurs reprises dans mes commentaires sur ce blog, je pense - a force de lectures et de rencontres, dont certaines "indigenes" - que nos societes occidentales ont vecu une forme de liberation de la femme de maniere completement erronee et biaisee.
Ce n'est pas l'idee d'une liberation que je tend a remettre en cause, car elle fut bien entendu completement justifiee, normale et surtout necessaire. La femme en tant qu'egal de l'homme, moralement c'est une evidence pour la feministe que je suis. Non, je reviens plutot sur la forme et la direction que celle-ci a prise. Selon moi, elle a pris une tournure non-evolutive, dans le sens ou cette liberation s'est decallee, de-cadree : elle a ete deboulonnee de son socle et les deux se sont perdu de vue.
L'image de l'epanouissement personnel et individuel de la femme a ete transposee sur celle de l'homme. La femme en egal de l'homme sur ses droits est une chose. Mais pourtant la femme n'a rien de l'egal de l'homme dans une realite physique, physiologique & psychologique. Tout comme une femme n'est pas un homme, une mere n'est pas un pere et vis et versa. En revanche ces deux etres sont complementaires en plus d'etres compatibles. Une femme ne dispose pas des memes emotions que celles d'un homme ni des memes attributs physiques, qu'ils soient reproducteurs, hormonaux, musculaires, ect... Des etudes tres serieuses ont montre que le cerveau de la femme ne fonctionne pas exactement de la meme maniere que celui de l'homme ! Sans pour autant qu'il y en ai un meilleur que l'autre, ils sont justes differents. Je doute que deux etres aussi distincts puissent se rejoindre sur un epanouissement personnel identique, leurs roles et leurs fonctions dans une societe comme dans une famille. Evoluer ne veut pas forcement dire tout effacer, tout demonter. L'evolution n'est pas le nihilisme. Ce n'est pas non plus un integrisme des idees. Oui, la femme est un etre humain egal a l'homme en droits, mais non la femme n'est pas l'egal de l'homme ! Comme l'homme n'est pas l'egal de la femme.
La liberation de la femme a donc engendre la liberation de la mere. La maniere dont nous avons (mais aussi nos meres et nos grands-meres) aborde les choses a immanquablement engendre cette remise en question du role de la mere dans la societe et au sein de la famille. Pourtant la seule chose dont la mere semble s'etre liberee dans nos societes occidentales, particulierement en Europe, ressemble a un "fardeau", celui de son enfant ; elle peut continuer sa carriere apres quelques mois d'arrets de conges maternite, des infrastructures ont meme ete crees a cet effet : les creches, et puis il y a aussi les nourrices, les assistantes maternelles... On a bascule ici dans une image forte : pour que la femme puisse s'affranchir, elle doit s'affranchir de son enfant. On a ainsi gomme tous les rituels naturels, les dimensions humaines et les roles familiaux des individus feminins.
A mon sens c'est un drame. Et pour l'enfant et pour la femme-mere. Je crois meme que de nombreux troubles et mal-etres encontres par les enfants occidentaux ensuite, dans nos societes contemporaines, viennent de ce simple constat. Je crois que tous ces enfants places dans divers modes de garde desolidarises de la famille et ce, des leur plus jeune age (parfois 1 mois), vivent un manque emotionnel tres important. Tout comme la mere dans sa culpabilite cachee et refoulee et son enthousiasme a revendiquer son autonomie car elle s'inscrit dans un modele societal partage par la majorite. Il me semble pourtant qu'elle n'a pas trouve de reponses franches a son epanouissement et que bien souvent elle se retrouve tiraillee entre son besoin d'exister comme femme liberee et autonome, avec une carriere, une passion et pourtant d'etre une mere. Et puis il va sans dire que tres souvent c'est aussi pour des raisons economiques que certaines femmes travaillent. Nombre d'entres-elles n'ont absolument pas le choix. L'eclatement familial (les grands-parents plus toujours a cote non-plus pour aider) s'inscrit dans cette continuite de separation prematuree du bebe au sein de la famille emotionnelle, tactile, affective. Une nourrice, meme la meilleure de toutes n'est pas une mere et ne peut combler son role. Il faut realiser egalement qu'une journee de travail pour la mere est un temps incroyablement long et distandu pour un bebe et son echelle d'appreciation du temps. A mon sens un enfant ne devrait jamais vivre le drame des pleurs de la premiere journee en creche, voir des suivantes, qui sont des dechirures emotionnelles et qui alterent ensuite les capacites de l'enfant, meme si elles nous semblent invisibles apres un certain temps. La mere ne devrait pas vivre cette separation non plus. Et nous ne devrions pas laisser des "idees preconcues" legitimer ce fait, qui vehicule l'idee que c'est bon pour l'independance de l'enfant. C'est egalement ce que Maria Montessori remettait en question principalement dans sa philosophie de l'education. Il faut respecter TOUS les rythmes de l'enfant. Un enfant qui pleure lorsqu'il quitte sa mere est un enfant qui n'est pas pret et qui souffre. Le forcer ne lui fait pas de bien.
Dans d'autres contrees occidentales que la France, comme dans le pays ou je vis, c'est le schema inverse. Les femmes restent a la maison mais certaines ne sont pas pour autant heureuses, tout comme doivent l'etre leurs enfants, car elles ont eu une vie sociale et professionnelle intense avant d'avoir des enfants et se retrouver a la maison est tres difficile pour elles, parfois meme delicat et mesaventureux.
La aussi, la femme-mere qui reste a la maison contre son gre est un non-sens. Mais alors comment faire pour que nous, les femmes, trouvons notre place dans la societe d'aujourd'hui ? D'apres moi la reponse est simple, tres simple.
Pour cela il faudrait bousculer d'autres piliers "normalises" de la societe. Je crois que la femme devrait tout simplement aller travailler avec ses enfants. Je sais cela peut sembler dingue, mais c'est vraiment la solution qui me parle le plus et qui finalement est celle utilisee par des millions de femmes a travers le monde. Et je crois meme que cela recadrerait la position de l'enfant dans la societe, qui est aujourd'hui completement evince de la vie. Souvent car ils sont trop "bruyants", trop "agites". Oui, c'est la vie non ? Il y a dans le monde anglo-saxon de la zone oceanique (Australie et Nouvelle Zelande) de tres belles pistes du genre qui commencent a emmerger. D'autres qui font partie integrante de la vie depuis belle lurette. Par exemple, mon mari passe chercher sa fille de 5 ans a l'ecole une fois par semaine - a 15 heures - pour l'emmener avec lui a son travail. Il ne le fait pas car nous en avons besoin nous parents. Non je pourrais aller chercher ma fille ce jour la. Il le fait dans le seul but d'emmener sa fille avec lui pour partager avec elle, sa vie. Parfois il arrive en effet que si j'ai une urgence indeplacable pour mon propre travail et que je ne peux emmener mon fils avec moi (sur un chantier par exemple, je suis architecte pendant les siestes et la nuit de maniere occasionnelle pour garder la main, le coeur mais aussi mettre du beurre dans les epinards), je depose mon fils de 2 ans a son travail (industrie medicale). Il est toujours accueuilli merveilleusement bien. Chose que tous les employes de cette boite font regulierement et pas seulement les managers... Et ce n'est pas la seule ! C'est aussi redonner un visage humain au monde qui nous entoure, nous ne sommes pas que des pions de productions mais aussi des etres vivants. Mais pour cela il faut se battre et s'affirmer. Poser nos conditions a l'employeur.
Fascinee par l'anthropologie, l'ethnologie, la sociologie et autres questions inherentes au genre humain, j'ai decouvert la pensee de Jean Liedolff "A la recherche du bonheur perdu" peu apres celle de M. Montessori et l'idee du concept du continuum qui s'inscrivait comme un echo a mon ressenti.
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Le concept du continuum : à la recherche du bonheur perdu est un essai de Jean Liedloff. L'auteur y dénonce les théories ou pratiques occidentales visant à séparer très tôt le nourrisson de sa mère. Au contraire, Jean Liedloff cherche à démontrer la nécessité de conserver le contact physique mère-enfant jusqu'à ce que l'enfant s'en détache tout seul.
La principale justification est qu'un nourrisson qui passe neuf mois au contact permanent avec sa mère ne peut être enlevé du jour au lendemain de sa présence. Au lieu d'isoler l'enfant dans une chambre à part dans un lit sans vie, l'auteur propose de le laisser partager la vie de la mère tant qu'il le réclame. En effet, selon l'auteur, lorsqu'il apparaît au monde, l'enfant a besoin d'être rassuré sur sa propre existence et sur l'amour qu'il reçoit. Alors qu'il ne peut conceptualiser ce besoin, l'enfant ressent l'absolu nécessité d'être entouré à chaque instant comme il le fut dans le ventre de sa mère. L'auteur conseille que l'enfant soit ainsi constamment porté par la mère pour découvrir le monde à travers elle. Peu à peu, l'enfant appréhende ainsi ce qui l'entoure en toute sécurité. Lorsqu'il sera assez confiant en ses capacités, il quittera de lui-même sa mère pour explorer son environnement. Néanmoins à chaque instant, il sait qu'il pourra revenir vers sa mère s'il en ressent le besoin.
L'auteur fonde principalement sa démonstration sur le témoignage de son vécu dans la jungle amazonienne au contact de tribus (les Yekwanas et les Sanemas) dont elle trouva les membres particulièrement épanouis et heureux.
La critique majeure formulée est qu'en ne forçant pas la coupure avec la mère, l'enfant risque d'être trop gâté et de ne jamais pouvoir prendre son indépendance.
L'auteur y répond par l'inverse. En fournissant le plus proche soutien à l'enfant, au moment où il en a besoin, celui-ci conservera tout au long de sa vie en lui le sentiment qu'il est un être aimé. Au contraire, en sevrant l'enfant beaucoup trop tôt ce dernier recherchera toute sa vie à combler l'amour et la présence qu'il n'a pas reçu étant tout petit. Selon Jean Liedloff, ce sevrage peut être par la suite la source d'un besoin permanent de compétition pour acquérir l'attention d'autrui ou alors faciliter la dépendance en général pour combler le vide tragique vécu étant bébé.
Dans sa description de la tribu des Yekwanas, Jean Liedloff dépeint de jeunes enfants confiants en eux-mêmes et surtout très calmes car il ne cherche jamais à attirer l'attention sur eux-mêmes pour se sentir aimer ou exister. De même, quand il sera plus âgé, si un enfant vit une terrible douleur il n'aura aucune honte à retourner voir sa mère pour aller pleurer dans ses bras et aucun enfant ne se moquera de lui.
L'ouvrage de Jean Liedloff ne permet pas réellement de distinguer cette pratique éducative de son contexte d'application dans la forêt amazonienne. Il est donc justifié de s'interroger sur l'application concrète de cette pratique dans les sociétés occidentales modernes, où la mère doit reprendre le travail quelques mois après l'accouchement par exemple.
Selon l'auteur, de nombreuses pathologies des sociétés occidentales modernes (comme la compétition ou un utilitarisme exacerbé) sont liées à la non-écoute des enfants lors de leur plus jeune âge. Pour améliorer la situation, Jean Liedloff conseille de mettre en application le continuum chaque fois que possible. Par exemple, en dormant avec l'enfant ("co-dodo" ou "co-sleeping") ou bien en le portant sur la hanche autant que possible lors des tâches ménagères. Pour Jean Liedloff, au lieu de revenir des courses avec l'enfant dans la poussette, il vaut mieux mettre les courses dans la poussette et porter l'enfant.
On retrouve dans le concept du continuum une approche similaire aux approches éducatives centrées sur l'enfant. Par exemple, la pédagogie Montessori insiste de la même manière sur la liberté de l'enfant quant à son rythme d'apprentissage."
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